Comité consultatif de lutte
contre la pauvreté et l'exclusion sociale

Bulletin n°27 – Mai 2019
ISSN 2371-4069 (En ligne)

La pauvreté a un coût, tant pour les personnes touchées
que pour la société dans son ensemble

Séparation.

Dans son dernier bulletin, le Comité consultatif a présenté sa proposition de régime intégré de soutien du revenu. Cette proposition vise à assurer que toutes et tous puissent couvrir minimalement leurs besoins de base. Elle vise également à assurer que tous les ménages bénéficient du soutien requis pour sortir de la pauvreté1.

Le présent bulletin s'attarde plus particulièrement à certains arguments en faveur d'investissements majeurs dans la lutte contre la pauvreté, notamment à celui des coûts que cette dernière engendre, tant pour les personnes qui en souffrent que pour la société dans son ensemble. Il y sera par ailleurs question des économies liées à la prévention de la pauvreté.

 

Les coûts de la pauvreté et les économies liées à sa prévention

Selon une étude commandée par le Comité à l'Institut de recherche en économie contemporaine, il en coûterait environ trois milliards de dollars pour faire en sorte

  • que tous les ménages sans revenu de travail bénéficient d'un revenu disponible équivalant à 80 % du seuil de référence de la Mesure du panier de consommation;
  • que tous ceux touchant un revenu de travail équivalant, en moyenne, à 16 heures par semaine au salaire minimum bénéficient d'un revenu disponible équivalant à au moins 100 % de cette mesure.

Pour certains, cela peut sembler un coût important, mais rappelons que cette mesure toucherait un peu plus de 700 0002 personnes qui ont un revenu disponible inférieur à ce seuil. Pour le Comité, il s'agit plutôt d'un investissement. Il est par ailleurs convaincu qu'il est encore beaucoup plus coûteux de négliger la lutte contre la pauvreté et d'accepter que des personnes n'aient pas un revenu suffisant pour combler minimalement leurs besoins de base. Cette situation a un coût tant pour ces personnes que pour la société dans son ensemble. En 2008, le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion estimait ces coûts à une somme comprise entre 15 et 17 milliards de dollars3.

Il existe de nombreux exemples de dépenses associées à la pauvreté et d'économies rattachées aux investissements en matière de prévention et d'amélioration du revenu disponible des personnes en situation de pauvreté. Le Comité a choisi d'en présenter quelques-uns pour que ces aspects soient pris en compte dans le calcul des coûts liés à ses recommandations.

Santé

Les directrices et directeurs de santé publique du Québec ont déposé en 2016 un mémoire dans le cadre de la consultation relative au troisième plan d'action en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Ils y citent notamment un rapport de l'Organisation mondiale de la santé qui décrit les liens entre la pauvreté et la mauvaise santé. Il est question d'espérance de vie réduite et de mortalité prématurée, de vulnérabilité à la maladie et de répercussions sur l'alimentation et sur l'accès aux soins ainsi que de conséquences dramatiques pour les enfants, chez qui les effets de la pauvreté peuvent se répercuter tout au long de la vie.

Décrochage scolaire

Les coûts du décrochage scolaire sont estimés dans des études citées par le Centre d'étude sur la pauvreté et l'exclusion4. Ces coûts ont notamment été évalués pour le Canada à 37 milliards de dollars pour 2008. Une étude citée pour le Québec fait état d'un manque à gagner de 439 000 $, en dollars de 2008, après 45 ans de vie active, pour une personne ayant décroché au secondaire. Par ailleurs, le ministère de la Sécurité publique estime que plus de 60 % des contrevenants au Québec ont décroché avant l'obtention de leur diplôme d'études secondaires. Enfin, selon l'Institut du Nouveau Monde, deux fois plus de jeunes de 18 ans sont sans diplôme chez les 20 % les plus pauvres, ce qui laisse anticiper les écarts de revenu découlant du décrochage scolaire5.

Travail et capacité productive

Selon une étude de l'économiste Pierre Fortin citée dans un rapport du Conseil national du bien-être social6, l'acquisition des compétences de base et la réduction du taux de décrochage au secondaire permettraient d'augmenter le rendement d'un segment peu productif de la main-d'œuvre. Selon lui, éradiquer la pauvreté dans les pays à faible revenu et rapprocher du revenu médian les populations pauvres des pays plus riches importent davantage que de promouvoir la croissance à tout prix.

Itinérance et logement social

On ne peut parler des coûts de la pauvreté et des économies importantes liées aux mesures de prévention sans aborder la question de l'itinérance. Plusieurs études7 convergent vers les mêmes constats : fournir un logement coûte moins cher que l'utilisation des services publics coûteux rattachés à l'itinérance. Le logement social représente pour plusieurs une façon de diminuer le coût du logement, ce qui constitue un facteur important pour prévenir l'itinérance.

Réinvestissement dans l'économie

En plus des économies potentielles découlant de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, il est à noter qu'une politique cohérente favorisant l'augmentation du revenu des ménages plus pauvres aurait un effet positif sur l'économie. Ces ménages sont, en effet, susceptibles de dépenser une grande part, sinon la totalité, de cette hausse dans l'économie locale surtout. Le Comité estime qu'il est raisonnable d'anticiper qu'un meilleur revenu pour les personnes en situation de pauvreté aurait un effet sur le PIB aussi important qu'une hausse du salaire minimum.

Une question de cohésion sociale

Les investissements requis aujourd'hui pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale se répercuteront sur la paix et la cohésion sociales et auront des retombées économiques et sociales importantes pour les générations futures.

Augmenter le soutien économique offert aux personnes et aux familles les plus pauvres est essentiel, mais il est tout aussi essentiel de maintenir et de renforcer les services publics, car l'accès à des services publics de qualité est incontournable dans la prévention de la pauvreté.

Pour la Banque mondiale, ce qui favorise la stabilité politique et sociale ainsi que la cohésion au sein d'une société est la réduction des inégalités de chances entre les personnes, les économies et les régions. On trouve la cohésion la plus forte dans les sociétés qui sont les moins exposées aux menaces liées à l'extrémisme, aux troubles politiques et à la fragilité des institutions8.

Toutes et tous sont gagnants lorsqu'il y a moins de pauvreté. Il en résulte une société plus égalitaire, où la cohésion sociale est mieux assurée.

Quelques perspectives

Au cours de la présente année, le Comité rendra public un avis sur la question de l'incitation au travail. Au moyen de cet avis, le Comité vise à déconstruire un certain discours voulant qu'un meilleur soutien des prestataires d'une aide financière de dernier recours risque de les inciter à ne pas intégrer le marché du travail. Cette affirmation n'a jamais été corroborée de façon convaincante, mais on continue néanmoins à la véhiculer.

Pour le Comité, mieux soutenir financièrement les personnes, c'est s'assurer que nul ne se retrouve dans une situation où il est privé des ressources, des moyens, des choix et du pouvoir nécessaires pour acquérir et maintenir son autonomie économique ou pour favoriser son intégration et sa participation à la société9.

Au cours de la même année, le Comité finalisera un argumentaire sur l'importance de la prévention de la pauvreté et de l'exclusion sociale. Il entend démontrer les avantages d'une telle approche tant pour les personnes touchées par la pauvreté que pour la société dans son ensemble.

Comme le mentionne la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, les effets de la pauvreté et de l'exclusion sociale freinent le développement économique et social de la société québécoise dans son ensemble et menacent sa cohésion et son équilibre. Il appartient donc à tous les acteurs de la société de s'en occuper.

Collectivement plus riches de moins de pauvreté, nous serons mieux…

  1. COMITÉ CONSULTATIF DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ ET L'EXCLUSION SOCIALE, « Combler ses besoins de base : une cible réaliste et conforme à l'esprit de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale », Avis, 2018, 47 pages.
  2. Donnée relative à 2016 (8,6 % de la population). « Taux de faible revenu d'après la Mesure du panier de consommation (MPC, base 2011), pour les personnes et les personnes dans des unités familiales, selon l'âge, le sexe et le type d'unité familiale, Québec, 2002-2016 », [https://www.mtess.gouv.qc.ca/publications/pdf/CEPE_MPC_faible_revenu_2002-2016.pdf].
  3. CENTRE D'ÉTUDE SUR LA PAUVRETÉ ET L'EXCLUSION (2009), « Les coûts de la pauvreté selon le modèle de Nathan Laurie », p. VII.
  4. CENTRE D'ÉTUDE SUR LA PAUVRETÉ ET L'EXCLUSION (2009), « Les coûts de la pauvreté selon le modèle de Nathan Laurie », p. 4.
  5. Nicolas ZORN, « Les inégalités tuent et coûtent cher », 9 février 2016, blogue de l'Institut du Nouveau Monde.
  6. CONSEIL NATIONAL DU BIEN-ÊTRE SOCIAL (2011), « Le sens des sous pour résoudre la pauvreté », p. 70.
  7. CONSEIL NATIONAL DU BIEN-ÊTRE SOCIAL (2011), « Le sens des sous pour résoudre la pauvreté », p. 59-61.
  8. BANQUE MONDIALE. « Pauvreté et prospérité partagée 2016 », Aperçu, p. 3, [https://openknowledge.worldbank.org/bitstream/handle/10986/25078/210958ovFR.pdf].
  9. Définition de la pauvreté retenue pour l'application de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Séparation.