Comité consultatif de lutte
contre la pauvreté et l'exclusion sociale

Bulletin n°29 – Novembre 2019
ISSN 2371-4069 (En ligne)

Développement durable, participation citoyenne, lutte contre la
pauvreté et exclusion sociale : des concepts intrinsèquement liés

Séparation.

Qui dit rareté des ressources dit appauvrissement, exclusion de certaines franges de la société. L’objectif de ce bulletin est de faire part des liens pouvant exister entre la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, la participation sociale et le développement durable.

Développement durable

Le développement durable est un concept largement accepté et reconnu sur le plan international 1. Il peut être défini comme la satisfaction des besoins de la société, tout en vivant en respectant les limites écologiques de la planète, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs besoins. Il englobe trois dimensions interdépendantes : économique, sociale et environnementale. Par exemple, l'élimination de la pauvreté nécessite la promotion de la justice sociale, un développement économique et la protection de l'environnement 2.

La Déclaration de Copenhague sur le développement social, de 1995, sous l’égide des Nations Unies, reconnaît « l'urgente nécessité de s'attaquer aux problèmes sociaux les plus graves, en particulier la pauvreté, le chômage et l'exclusion sociale ». À cet effet, son programme d'action invite la communauté internationale à s’engager pour :

  • Éliminer la pauvreté;
  • Favoriser la possibilité de s’assurer des moyens de subsistance sûrs et durables grâce à un emploi correctement rémunéré et librement choisi;
  • Contribuer au renforcement de l'intégration sociale 3.

Au Québec, la Loi sur le développement durable définit le développement durable 4 comme « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs », en ces temps de prise de conscience face aux conséquences de l’activité humaine sur l’état de notre planète. « Le développement durable s’appuie sur une vision à long terme qui prend en compte le caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale et économique des activités de développement. » Dans la foulée de l’adoption de cette loi, le gouvernement du Québec a adopté la Stratégie gouvernementale de développement durable. L’objectif de cette stratégie est que l’ensemble de l’action gouvernementale s’inscrive progressivement à l’intérieur du cadre de référence qu’elle propose 5. Trois des neuf grandes orientations ont pour but de :

  • Améliorer et aménager le territoire de façon durable et intégrée;
  • Favoriser la participation à la vie collective;
  • Prévenir et réduire les inégalités sociales et économiques.

Parallèlement aux outils législatifs mis en place, la mobilisation pour le climat et un développement durable ne fléchit pas. Ainsi, plusieurs milliers de personnes ont manifesté, le 27 septembre 2019, à travers les grandes villes du Québec afin d’exiger des gestes concrets en matière de lutte aux changements climatiques et une meilleure gestion des ressources de notre planète. Ce mouvement emboîte le pas à la conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est déroulée à New York le 21 septembre 2019.

Changements climatiques et luttes contre la pauvreté : des répercussions négatives à atténuer

Les personnes en situation de pauvreté subissent de plein fouet les conséquences négatives des changements climatiques. C’est d’ailleurs souvent celles-ci qui en pâtissent le plus. Les épisodes d’intempéries, les inondations et autres phénomènes climatiques laissent derrière eux désolation et dénuement. Le nombre de citoyens ayant tout perdu à la suite de ces évènements ne cesse d’augmenter. Cela touche toutes les couches de la population, y compris les personnes vivant en campagne. Les pertes de revenus et d’habitat peuvent contribuer à l’augmentation de la pauvreté.

Une autre conséquence majeure est l’augmentation des coûts de certaines denrées ainsi que leur raréfaction. En effet, pour les personnes en situation de pauvreté, le poste budgétaire consacré à l’alimentation est habituellement le premier à être coupé quand survient un imprévu, puisqu’il représente l’une des rares dépenses de base compressibles. Les perspectives pour les prochaines années ne sont guère encourageantes, quand on pense à l’augmentation du prix de la viande, des fruits et légumes, etc. Les risques quant à la sécurité alimentaire des personnes en situation de vulnérabilité nécessitent de développer une approche globale et intégrée de la question.

Lutter contre les changements climatiques : une façon de participer aux grands enjeux sociaux

La participation citoyenne peut être définie comme la « prise de conscience de ses besoins et de ceux de sa communauté qui mène le citoyen à poser des actions, ponctuelles ou régulières, individuelles ou collectives, afin de transformer son milieu en vue de l’améliorer » ou, plus simplement, comme « l’assurance pour toutes et tous de pouvoir participer et s’impliquer à part entière dans ce que l’on appelle la chose publique, relevant de l’intérêt commun 6 ». Cette définition cadre bien avec la thématique de ce bulletin.

À cet égard, la Déclaration du Millénaire, de l’Organisation des Nations Unies, souligne que, bien que ce soit principalement les politiques publiques qui guident et orientent le développement économique, le processus de développement dépend aussi des contributions de toutes les organisations. L'implication auprès des communautés aide à contribuer, au niveau local, à atteindre ces objectifs. Le premier objectif de la Déclaration est de lutter contre la faim et la pauvreté 7.

Au Québec, la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale fait également une place privilégiée à la participation citoyenne. Le préambule affirme que les personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale sont les premières à agir pour transformer leur situation. À cet égard, le chapitre II de la loi précise qu’un des buts de la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale est de favoriser la participation des personnes et des familles en situation de pauvreté à la vie collective et au développement de la société. Ainsi, « ce qui fonde la dignité sociale d’un individu n’est pas nécessairement l’emploi salarié, ni même le travail, mais son utilité sociale, c’est-à-dire la part qu’il prend dans la production de la société 8 ».

Le Comité souscrit à cette vision relative à la valeur de la participation de toute la société et à ses effets bénéfiques pour l’ensemble de la société. L’importance de la participation citoyenne dans la favorisation de l’intégration des personnes n’est plus à démontrer. C’est un moyen de valoriser et de développer les aptitudes des individus et leur participation active à la vie sociale pour le mieux-être collectif. Cela suscite un engagement militant permettant aux personnes vivant en situation de pauvreté d’exercer une participation citoyenne valorisante et productive. La participation est un facteur d’inclusion sociale.

Les avantages de la participation citoyenne sont nombreux, entre autres l’augmentation de l’estime de soi, une meilleure sensibilisation à la question environnementale, une formation à la citoyenneté. Dans ce contexte de lutte aux changements climatiques, chaque action posée pour la protection de l’environnement revêt une signification particulière et peut avoir un effet positif chez les personnes en situation de pauvreté. La participation des personnes est donc plus que nécessaire dans le développement de stratégies alternatives telles que les jardins communautaires, les changements dans les modes d’alimentation, l’éducation, la formation et la sensibilisation des personnes qui sont les premières à être concernées.

Une autre avenue possible concerne l’emploi. La participation citoyenne aux enjeux environnementaux pourrait susciter des vocations et l’intérêt des personnes en situation de pauvreté envers les nouveaux débouchés offerts dans le secteur de l’environnement. À ce sujet, il serait intéressant d’amorcer une réflexion sur la recherche d’emplois valorisants qui vont accroître non seulement la participation des personnes, mais aussi leur procurer des revenus plus intéressants et, par le fait même, améliorer leur condition.

Le soutien à l’action locale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale : un outil pour favoriser l’engagement pour un développement durable

La participation citoyenne est directement liée au soutien à l’action locale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, au développement des communautés, au développement social et à l’approche territoriale intégrée, comme le préconise le Plan d’action gouvernemental pour l’inclusion économique et la participation sociale (PAGIEPS) 2017-2023.

Les communautés locales, particulièrement celles davantage touchées par la pauvreté, pourront mieux s’approprier leur développement si celui-ci est envisagé dans une perspective globale et intégrée. La qualité de vie des membres de la communauté et leur participation aux décisions qui affectent cette qualité de vie constituent les moteurs d’un tel développement. La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale doit s’engager localement autour d’une mobilisation des acteurs en faveur d’un développement global et intégré visant l’amélioration de la qualité de vie de tous les membres de la collectivité. Un tel développement doit tenir compte à la fois des dimensions sociale, économique et environnementale.

Les Alliances pour la solidarité, mises en place dans toutes les régions du Québec dans le cadre du PAGIEPS, ont pour objectif de favoriser la concertation régionale et la participation citoyenne, dont celle des personnes en situation de pauvreté. Elles regroupent des acteurs agissant au niveau régional afin de couvrir l’ensemble du territoire. Les projets régionaux et locaux entrepris dans le cadre de ces alliances favorisent et soutiennent la participation citoyenne. Les Alliances pour la solidarité se poursuivront jusqu’en 2023. L’un des enjeux, d’ailleurs, soulevés est celui de l’implication des personnes en situation de pauvreté à titre d’experts de vécu dans les mécanismes de gouvernance des Alliances.

Conclusion

Le développement économique et le développement social sont indissociables. En conséquence, la prise en charge locale de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale passe par la mise en œuvre de stratégies locales intégrées de développement où les citoyennes et les citoyens, particulièrement les personnes qui sont les plus touchées, c’est-à-dire celles en situation de pauvreté et d’exclusion sociale, participent aux décisions et à la réalisation des actions.

Collectivement plus riches de moins de pauvreté, nous serons mieux…

  1. Cette reconnaissance a eu lieu à la suite de la publication, en 1987, du rapport « Notre avenir à tous », émanant de la Commission mondiale sur l'environnement et le développement.
  2. ISO 26 000 (novembre 2010), « Lignes directrices relatives à la responsabilité sociétale », p. 11.
  3. Nations Unies, Sommet mondial pour le développement social, « Rapport du Sommet mondial pour le développement social », document A/CONF, 166/9, Copenhague, 1995. Déclaration de Copenhague sur le développement social, 1995, consultée le 16 octobre 2019 au https://undocs.org/pdf?symbol=fr/A/CONF.166/9.
  4. Loi sur le développement durable (chapitre D-8.1.1), article 2.
  5. Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, « Le soutien à l’action locale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale — Améliorer la capacité d’agir des collectivités : miser sur un développement local intégré », 2009.
  6. Table de concertation des forums jeunesse régionaux du Québec, « Cadre de référence — La participation citoyenne et les forums jeunesse régionaux », Québec, 2012.
  7. Organisation des Nations Unies, Déclaration du Millénaire, résolution 55/2, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 8 septembre 2000.
  8. CASTEL, Robert, « Les métamorphoses de la question sociale », Paris, Fayard, 1995. Voir également : Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, « L’emploi pour lutter contre la pauvreté : les défis à relever », 2013.

Séparation.